Naissance d’un regard ethnographique dans les carnets de voyage de la seconde moitié de l’époque d’Edo : le cas de Sugae Masumi (1754-1829)
[博士課程の学生のためのセミナー] Laura AGNEL (EPHE-PSL, CRCAO)
18h〜20h 601号室 & オンライン フランス語 通訳なし
Sugae Masumi (1754-1829) est une figure généralement connue des spécialistes des cultures populaires du Japon. Cet érudit formé à l’étude des plantes et des substances naturelles, à la poésie waka ainsi qu’à l’étude lexicologique quitta sa région natale de Nagoya afin d’embarquer pour un voyage de plus de quarante ans dans le nord du Japon. Durant ce voyage, il produisit plus de quatre-vingts carnets de voyage, essais, histoires régionales et miscellanées qui contiennent ses précieuses observations sur les coutumes locales des populations qu’il rencontra. Ses descriptions richement détaillées constituent dans de nombreux cas les premières traces écrites de cultures orales et ont été régulièrement mobilisées par les folkloristes japonais, minzokugakusha, qui l’ont par la suite élevé au rang de précurseur de l’ethnographie.
Loin de nier la valeur de cet héritage, il est toutefois nécessaire de faire la lumière sur la démarche savante de ce lettré itinérant au parcours étonnant. Notre travail de thèse porte sur la recontextualisation de l’entreprise érudite de ce voyageur dans un contexte intellectuel. Plus précisément, il s’agit d’étudier le rôle du voyage dans la production des savoirs à travers l’étude d’un exemple représentatif d’érudit de la seconde moitié de l’époque d’Edo. Cette présentation portera sur la naissance d’un regard ethnographique dans les carnets de voyageurs lettrés. L’étude montrera qu’au cours du XVIIIᵉ siècle se développe une nouvelle manière d’appréhender l’espace parcouru. Initialement centrée sur la topographie, la toponymie et l’identification des lieux, cette pratique d’observation s’élargit progressivement à la description des modes de vie, des savoirs et des coutumes des populations locales.
Laura Agnel est doctorante à l’École pratique des hautes études (EPHE) sous la direction de François Lachaud. Son travail doctoral porte sur le rôle du voyage dans la production des savoirs au Japon durant la seconde moitié de l’époque d’Edo, à travers le parcours de l’érudit Sugae Masumi (1754-1829). En recontextualisant ses écrits dans les pratiques intellectuelles de son temps, ce travail cherche à montrer dans quelle mesure la manière dont le déplacement, l’observation de terrain et les interactions avec les savants locaux, produisant des réseaux lettrés, participent à l’élaboration de nouveaux savoirs. Ce travail a vocation à faire lumière sur des facettes de ces voyageurs érudits encore peu étudiées tel que les réseaux soutenant leurs entreprises et le paysage intellectuel façonnant leur démarche savante. Diplômée d’un master en études asiatiques à l’EPHE ainsi que d’un master LLCER japonais à l’université Paris Cité, elle est actuellement en échange d’un an à l’université du Tōhoku.
Modératrices : Aline HENNINGER (IFRJ-MFJ, univ. d’Orléans), Manon GRENET (Inalco, IFRAE), Marine DÉPLECHIN (Inalco, IFRAE)
Organisation : IFRJ-MFJ