La géographie du thé : objets, assemblages et réseaux matériels dans le chanoyu du XVIIe siècle.
[Séminaire doctoral] Maria SLAUTINA (univ. de Princeton)
18h-20h salle 601 & en ligne en français sans traduction
Kobori Enshū (1579-1647) est l’une des figures majeures de la culture japonaise du début de l’époque d’Edo. Haut fonctionnaire du shogunat Tokugawa, architecte, créateur de jardins, mais aussi poète et maître de thé officiel, il se trouvait au cœur des réseaux artistiques et lettrés de son temps.
Cette présentation s’inscrit dans un projet de thèse qui envisage le chanoyu – souvent désigné en Occident par l’expression « cérémonie du thé » – du XVIIe siècle comme une forme d’art multimédia et transculturelle. À travers l’étude des assemblages d’objets, ou toriawase, réalisés par Kobori Enshū, elle examinera comment leurs différents éléments ont contribué à la construction de nouveaux imaginaires géographiques dans le Japon du début de l’époque d’Edo.
Alors que les ustensiles chinois et les bols coréens occupaient depuis longtemps une place privilégiée dans les assemblages de thé, les praticiens intégrèrent, dès le début de l’époque Tokugawa, un nombre croissant d’objets venus d’autres régions d’Asie, notamment d’Asie du Sud-Est, ainsi que des productions japonaises, voire des pièces européennes. En faisant dialoguer, au sein d’un même espace, des objets d’origines diverses, ils élaborèrent de véritables cartographies matérielles du monde, reflets des profondes transformations politiques, culturelles et commerciales de leur temps. Cette conférence propose ainsi de repenser les assemblages du chanoyu non seulement comme des ensembles conçus selon des principes esthétiques, mais aussi comme des dispositifs permettant d’imaginer et d’ordonner l’espace dans le Japon de la première moitié du XVIIe siècle.
Maria SLAUTINA est doctorante en histoire de l’art japonais à l’université de Princeton et actuellement chercheuse invitée à l’université Gakushūin de Tokyo. Ses recherches portent sur le chanoyu du début de l’époque d’Edo, avec une attention particulière au maître de thé Kobori Enshū (1579-1647), aux réseaux transculturels d’objets, ainsi qu’au rôle des assemblages de thé dans la formation des relations spatiales, matérielles et culturelles dans le Japon du XVIIe siècle. Son travail explore notamment la circulation et la réinterprétation d’objets japonais, chinois et sud-est asiatiques dans la culture du thé de l’époque moderne, ainsi que les liens entre matérialité, mise en scène des objets et production du savoir. Elle est diplômée de l’université de New York et titulaire d’un doctorat en cotutelle entre l’université de Caen Normandie et l’université d’État de Saint-Pétersbourg.
Modérateurs : Mélanie HOURS (IFRJ-MFJ, univ. Toulouse 2-Le Mirail), Adrien BOYETTE (univ. des Sciences de Tokyo), Paul SAUVAIRE-BROCHOT (Inalco, IFRAE)
Organisation : IFRJ-MFJ