Maison Franco-japonaise: 日仏会館
Bureau français  Institut français de recherche sur le Japon  (UMIFRE 19, MAEE-CNRS)

Langue:JA / FR


Présentation

Rémi SCOCCIMARRO

Profil
Géographe, Maître de Conférence en langue et civilisation japonaises à l'Université de Toulouse Jean Jaurès
 
Contact

scoccimarro [ajouter @mfj.gr.jp]

Affiliations :
- Équipe de recherche : Centre d'Etudes Japonaises (INALCO - EA 1441)
- Groupe de recherche Populations japonaises Evolutions et perspectives contemporaines (CEJ-Inalco)
- Membre de la Société Française des Études Japonaises (SFEJ)
- Membre de l'European Association for Japanese Studies (EAJS)
- Membre suppléant élu de la section 15 du CNU

Projet de recherche : L'énergie du territoire, politiques énergétiques locales et développement territorial dans le Japon « post-Fukushima »
Ce projet s'inscrit dans la continuité de mes recherches consacrées aux conséquences du tsunami du 11 mars 2011. Les enquêtes de terrains menées en 2011, 2013, et surtout celles de l'été 2015, dans le nord-est du Japon, ont montré que la question énergétique constituait un des principaux éléments mis en avant par les autorités locales dans leurs plans de reconstruction et de revitalisation des communes détruites. On y retrouve ainsi systématiquement des projets de systèmes décentralisés et autonomes de production d'énergies renouvelables. Il s'agira de conduire une réflexion sur les processus, les résultats et les implications que portent ces investissements en tant que politique énergétique et comme outils de développement du territoire au Japon.
De la production énergétique...
La catastrophe nucléaire provoquée par le tsunami du 11 mars 2011 a forcé l'émergence, au niveau national, du débat concernant les choix énergétiques du Japon. Mais localement, la question énergétique se pose d'abord comme un outil d'aménagement du territoire, au-delà de savoir s'il faut, ou non, continuer la production électronucléaire. Dans les villes détruites par le tsunami, la production d'énergie autonome est surtout justifiée par le besoin de renforcer la robustesse des communautés locales vis-à-vis des catastrophes, plus que par la question du risque radioactif. L'expérience des dysfonctionnements constatés lors du séisme du 11 mars, comme la désactivation des systèmes d'alerte du fait des coupures électriques, puis les difficultés d'approvisionnement en énergie dans les semaines qui ont suivi, appellent à disposer de moyens autonomes de production énergétique.
Les programmes de reconstruction des régions frappées par le tsunami comportent ainsi tous un objectif d'autonomie énergétique pour ces villes de vingt à cinquante mille habitants.
Ces équipements, financés par les fonds dédiés à la reconstruction, permettent d'attirer sur place les entreprises japonaises phares de ce secteur. Les grands groupes, tels Toshiba ou Panasonic, voient des débouchés à leurs investissements et la possibilité de tests à grande échelle de leurs technologies. Cela vise aussi à favoriser l'implantation d'activités de R&D, dans des parcs industriels alimentés en énergies renouvelables, afin de revitaliser ces régions périphériques de l'archipel confrontées au vieillissement et au dépeuplement, phénomènes accrus après le 11 mars.
On retrouve cette même ambition pour le département de Fukushima. Avec ses 1,8 million d'habitants, et des villes de plus de 300 000 habitants, Fukushima était, avant le 11 mars, dans une situation assez proche de celle que Pierre-Yves Le Rhun décrivait pour la Bretagne en 1986 (Le Rhun Pierre-Yves (1986), « Le risque nucléaire, donnée de l'aménagement du territoire ? L'exemple des projets de centrales nucléaires en Bretagne », Norois, 1986 Vol. 132, n°1, p. 591-601) : sa production électronucléaire ne lui était pas destinée, mais à la mégapole de Tôkyô. Après l'accident nucléaire du 11 mars, le département a décidé de renoncer en totalité à l'énergie nucléaire et s'est fixé un objectif de 100% d'énergies renouvelables pour 2040, avec un premier palier, ambitieux, à 40% en 2020. Partant d'un taux de 25% en 2015, surtout du fait de l'hydroélectricité, le chemin est long. Le département se tapisse de panneaux solaires et des éoliennes géantes sont testées au large des côtes. Fukushima se veut désormais le laboratoire, et le modèle, de la dénucléarisation de l'archipel et de la transition énergétique.
La catastrophe de 2011 semble donc avoir été un accélérateur dans ce domaine. Aujourd'hui, même avec un gouvernement qui pousse à la relance de la filière électronucléaire, il a fallu une année pour pouvoir, politiquement, redémarrer les deux réacteurs de la centrale de Sendai (département de Kagoshima, au sud-ouest du Japon), en août et octobre 2015, alors que l'Agence de Sureté Nucléaire avait émis un avis positif dès l'été 2014. Cela pour un département dont le gouverneur avait pourtant donné son accord. Ce qui est loin d'être le cas des autres départements hébergeant des centrales, comme celui de Niigata, pour l'instant opposé au redémarrage de Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande centrale nucléaire au monde.
Inversement, le choix d'un saut technologique vers les énergies renouvelables afin de remplacer le nucléaire, en fait une option crédible, soutenue aujourd'hui par des personnalités de la droite conservatrice (Koizumi Jun.ichirô), comme de la gauche réformiste (Kan Naoto), ainsi que par l'opinion publique, désormais opposé en majorité au redémarrage du nucléaire. Ce choix porte aussi des enjeux économiques et géostratégiques, en termes de maîtrise technologique de la filière et d'autonomie énergétique de l'archipel.
... à la production de modèles d'aménagement
La géographie de l'énergie peut être révélatrice de la façon dont on considère le territoire (Roger Brunet, « Désaménagement du territoire : l'énergie en France ». Mappemonde n°21, janvier 2001, p. 40). L'investissement généralisé dans la production d'énergies renouvelables, pour la reconstruction des villes détruites par le tsunami et les régions sinistrées par la contamination radioactive, conduit nécessairement à repenser les modèles d'aménagement de ces territoires.
Certes, les réflexes habituels au Japon en la matière sont toujours d'actualité et, dès novembre 2011, un vaste programme de travaux publics était annoncé pour soutenir économiquement les régions détruites. Mais parallèlement on assiste, pour la reconstruction, à la généralisation des méthodes du machizukuri, l'urbanisme participatif, dans sa forme opérationnelle, c'est-à-dire très encadré par des acteurs extérieurs. Appliqué largement pour les politiques de revitalisation des zones rurales et urbaines en crise démographique, ce machizukuri produit en général des résultats assez uniformes.
Notre hypothèse est cependant de considérer que le volet énergétique de la reconstruction, qui est en train de prendre forme, apporte des éléments novateurs et des potentiels de développement plus certains. Il s'agira de questionner la généralisation de ce modèle de mise en œuvre du projet urbain, et les formes d'aménagement du territoire induites par le choix de l'autonomie énergétique pour la reconstruction des régions frappées par la catastrophe du 11 mars. D'autant que ces projets se présentent aussi comme des réponses à la désertification rurale de l'archipel, et pouvant s'appliquer aussi à certains quartiers urbains en crise au sein des métropoles japonaises.
Des logiques proches sont déjà à l'œuvre dans des villes périphériques de la mégapole Tôkyôïte comme Kamakura, ou dans des régions marginalisées, comme ces petits villages ruraux de Tokushima (Shikoku) qui s'étaient suréquipés en fibre optique. Peu utilisé par les populations locales, ces très hautes vitesses de débit ont attiré de jeunes cadres urbains travaillant dans les entreprises du numérique. Ces derniers profitent ainsi d'un cadre de vie « slow life », et tout en restant connectés « high speed » pour leur travail, ils contribuent à freiner le déclin démographique et dynamiser l'économie locale.
Par ailleurs, on retrouve cette ruée vers les énergies alternatives, en particulier solaire, dans les centres urbains, même si elle a forcément moins d'impact. C'est le cas de terrains gagnés sur la mer trop éloignés de l'hypercentre pour être reconvertis en quartiers résidentiels. Ils constituent de vastes étendues à l'usage peu défini dans les ports de Tôkyô, Yokohama ou Kawasaki, mais certains d'entre eux commencent à se couvrir de panneaux solaires et d'éoliennes. Pour l'instant il s'agit surtout d'aires d'expérimentation et de vitrines où sont testées ces technologies. Néanmoins la production d'énergie renouvelable se pose aussi, dans les mégapoles, comme option d'aménagement et de viabilisation des sols urbains.
Cette généralisation à grande échelle de ces modes de production alternative d'énergie peut fournir des pistes aux pays industrialisés de taille et de niveau de développement comparable au Japon. Comme les pays européens, confrontés aux mêmes défis énergétiques, avec des niveaux de conscience collective des enjeux relativement proches, et de mêmes problèmes de dépendance à l'approvisionnement extérieur.
 
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